Qui doit obligatoirement déposer une déclaration (modèle 100) ?
L'obligation de déclarer — l'« imposition par voie d'assiette » de l'article 153 LIR — se déclenche dans des cas précis, définis par des seuils chiffrés.
Pour un résident, la déclaration est obligatoire notamment si : le revenu imposable annuel dépasse 100 000 €, même avec une seule fiche de retenue ; ou en cas de cumul de plusieurs rémunérations soumises à retenue (deux employeurs, deux pensions d'organismes différents, ou salaire + pension) dès que le revenu imposable dépasse 36 000 € en classes 1 et 2, ou 30 000 € en classe 1a ; ou si le revenu comprend plus de 600 € par an de revenus nets non soumis à retenue à la source — loyers, bénéfices d'indépendant, revenus étrangers, rentes ; ou encore plus de 1 500 € de revenus de capitaux mobiliers indigènes (dividendes) ou de tantièmes soumis à retenue.
Sont également tenus de déclarer les indépendants et rentiers sans revenus soumis à retenue dès que leur revenu imposable dépasse le seuil d'entrée du barème — un montant de l'ordre de la tranche exonérée, précisé chaque année sur le site de l'ACD, ainsi que les contribuables ayant opté pour l'imposition individuelle ou pour l'imposition collective mixte résident/non-résident.
Même sans obligation, déclarer peut être avantageux : c'est la seule voie pour faire valoir des intérêts d'emprunt, des pertes locatives ou récupérer les retenues sur dividendes. Un cabinet spécialisé en fiscalité identifie rapidement si l'assiette volontaire vous est favorable.
Modèle 100 ou décompte annuel (modèle 163) : quelle différence ?
La confusion entre les deux formulaires est l'une des plus fréquentes chez les salariés et pensionnés.
Le modèle 100 est la déclaration d'impôt complète : elle couvre toutes les catégories de revenus (salaires, loyers, capitaux, indépendant…), débouche sur un bulletin d'imposition et permet de mobiliser l'ensemble des déductions. Elle est obligatoire dans les cas vus plus haut, et ouverte sur demande à ceux qui y ont intérêt.
Le décompte annuel (modèle 163 R pour les résidents, 163 NR pour les non-résidents) n'est pas une déclaration : c'est une simple régularisation de la retenue à la source sur salaires et pensions, réservée à ceux qui ne sont ni obligés ni admis à l'imposition par voie d'assiette. Il sert typiquement à récupérer un trop-retenu lorsque l'on n'a pas travaillé toute l'année — premier emploi, fin d'études, départ en cours d'année — ou lorsque les rémunérations mensuelles ont fortement varié. En pratique, le décompte aboutit à un remboursement de la retenue excédentaire — un supplément n'est en principe pas perçu par cette voie, sauf circonstances particulières.
Attention pour les non-résidents : le décompte annuel n'est accessible que s'ils ont été salariés au Luxembourg pendant au moins 9 mois continus de l'année d'imposition, ou si leur salaire brut luxembourgeois représente au moins 75 % de leur salaire brut annuel total. La règle du choix est simple : si vous remplissez une condition d'obligation, c'est le modèle 100 ; sinon, le 163 est une option gratuite qui ne peut que vous être favorable.
Calendrier 2026 : une seule date à retenir, le 31 décembre
Depuis la loi budgétaire du 23 décembre 2022, le Luxembourg applique une échéance unique et généreuse : la déclaration des revenus 2025 — comme le décompte annuel — peut être déposée jusqu'au 31 décembre 2026. L'ancienne date limite du 31 mars, avec ses tolérances administratives à géométrie variable, n'existe plus.
La campagne 2026 a démarré le 7 avril 2026, date de mise à disposition des formulaires et de l'assistant électronique MyGuichet pour l'année d'imposition 2025. Vous disposez donc de près de neuf mois — mais déposer tôt a un avantage concret : plus le dossier arrive tôt, plus le bulletin d'imposition (et l'éventuel remboursement) arrive vite.
Deux autres échéances rythment l'année fiscale. Les avances trimestrielles d'impôt, pour ceux à qui l'ACD en a fixé, tombent les 10 mars, 10 juin, 10 septembre et 10 décembre. Et la demande d'imposition individuelle (pure ou avec réallocation), comme son changement ou sa révocation, doit également être introduite au plus tard le 31 décembre de l'année suivant l'année d'imposition.
En cas de dépôt tardif, l'ACD peut appliquer un supplément pour dépôt tardif allant jusqu'à 10 % de l'impôt dû, prononcer des astreintes, et — si la déclaration n'arrive jamais — procéder à une taxation d'office sur des bases estimées, rarement favorables au contribuable.
Classes d'impôt 1, 1a et 2 : le paramètre qui change tout
Le montant de la retenue mensuelle comme de l'impôt final dépend d'abord de votre classe d'impôt.
La classe 1 regroupe les célibataires, les divorcés et séparés (hors période transitoire) et les mariés non imposés collectivement. C'est aussi, depuis 2018, la classe par défaut des non-résidents mariés — sauf option pour l'assimilation fiscale.
La classe 1a vise les veufs et veuves ne relevant pas de la classe 2, les contribuables bénéficiant d'une modération d'impôt pour enfant — les familles monoparentales, qui ouvrent alors droit au crédit d'impôt monoparental — et les personnes de plus de 64 ans au début de l'année.
La classe 2 s'applique de plein droit aux époux résidents imposés collectivement, avec le mécanisme du splitting : le revenu du ménage est divisé par deux, l'impôt calculé sur cette moitié puis doublé — un avantage substantiel quand les revenus des conjoints sont déséquilibrés. Les partenaires (PACS ou partenariat) peuvent l'obtenir sur demande via la déclaration, à double condition : que le partenariat ait existé du début à la fin de l'année d'imposition, et qu'ils aient partagé un domicile commun sur toute cette période. Les veufs la conservent l'année du décès et les trois années suivantes.
À suivre : le projet de loi 8676, déposé en janvier 2026, prévoit de fusionner les trois classes en une classe unique « U » à partir de 2028, avec une période transitoire de 25 ans pour les couples bénéficiant de la classe 2. En juillet 2026, ce texte n'est pas encore voté et n'a aucun effet sur vos revenus 2025 ou 2026 — notre guide frontaliers suit également ce dossier.
Barème 2026 et crédits d'impôt : ce que vous payez vraiment
Le barème applicable aux revenus 2025 — reconduit à l'identique pour 2026, la loi budgétaire du 19 décembre 2025 n'ayant pas réindexé les tranches — compte 23 tranches : 0 % jusqu'à 13 230 € de revenu imposable ajusté, premiers taux de 8 % à 12 % par paliers, puis une progression jusqu'à 42 % au-delà de 234 870 €.
À la cote d'impôt s'ajoute la majoration pour le fonds pour l'emploi : +7 %, portée à +9 % au-delà de 150 000 € de revenu imposable (300 000 € en classe 2). Le taux marginal maximal effectif atteint ainsi 45,78 %.
En sens inverse, plusieurs crédits d'impôt viennent directement réduire la facture. Le crédit d'impôt salarié (CIS) et son équivalent pensionné (CIP) atteignent 600 € par an, dégressifs entre 40 000 € et 80 000 € de rémunération brute, nuls au-delà. Le crédit d'impôt CO2 s'élève à 192 € pour les revenus 2025 et passe à 216 € à partir des revenus 2026. Le crédit d'impôt monoparental (CIM), fortement revalorisé, atteint 3 504 € par an jusqu'à 60 000 € de revenu imposable ajusté, puis décroît jusqu'à un plancher de 750 €. Les salariés au voisinage du salaire social minimum bénéficient en outre du CISSM (81 €/mois), calibré pour rendre le salaire minimum non qualifié exempt d'impôt.
Pour situer votre taux réel avant déclaration, notre guide du salaire brut-net au Luxembourg détaille le passage de la fiche de paie à l'impôt final.
Les déductions qui font baisser la note
C'est dans les déductions que se joue l'essentiel de l'optimisation d'une déclaration — et que l'accompagnement d'un professionnel se rentabilise le plus vite.
Les frais de déplacement forfaitaires sont accordés d'office : 99 € par unité d'éloignement entre commune de domicile et lieu de travail, les quatre premières unités n'étant pas déductibles, avec un plafond de 2 574 € par an. S'y ajoute le forfait de frais d'obtention de 540 € pour les salariés (300 € pour les pensionnés), remplaçable par les frais réels sur justificatifs.
L'article 111 LIR permet de déduire intérêts débiteurs et primes d'assurances (RC auto, vie, décès, complémentaire santé, solde restant dû) à hauteur de 672 € par an et par personne du ménage — le plafond se multiplie donc avec le conjoint et les enfants. L'épargne-logement ouvre droit au même plafond de 672 €, doublé à 1 344 € lorsque le souscripteur a entre 18 et 40 ans.
La prévoyance-vieillesse (article 111bis) reste l'outil le plus populaire : 3 200 € déductibles par souscripteur pour les revenus 2025 — et le plafond passe à 4 500 € à partir des revenus 2026, un relèvement décidé par la loi budgétaire 2026 qui renforce nettement l'intérêt du troisième pilier.
Citons encore les intérêts hypothécaires de l'habitation principale (déduction intégrale l'année de mise à disposition et la suivante, puis 4 000 €, 3 000 € et 2 000 € par personne selon l'ancienneté), les dons à partir de 120 € par an, les charges extraordinaires au-delà d'un pourcentage de charge normale, et l'abattement pour frais de domesticité ou de garde d'enfant jusqu'à 5 400 € par an.
Comment déposer : MyGuichet, PDF ou papier
Contrairement à une idée répandue, le dépôt électronique n'est pas obligatoire pour les particuliers en 2026 — l'obligation de dépôt dématérialisé introduite récemment ne concerne que certaines déclarations des sociétés et des employeurs. Trois voies coexistent pour le modèle 100.
L'assistant électronique MyGuichet.lu est la voie recommandée : démarche guidée pas à pas, précalcul de l'impôt, transmission structurée à l'ACD et traitement automatisé plus rapide. Depuis l'année d'imposition 2024, il couvre toutes les catégories de revenus, pour les résidents comme pour les non-résidents. Il requiert un compte MyGuichet avec un produit LuxTrust ou une carte d'identité électronique luxembourgeoise, ainsi que le matricule national à 13 chiffres. Quelques situations en restent exclues — mariage multiple dans l'année, changement de pays de résidence en cours d'année, couples imposés collectivement résidant dans des pays différents.
Deuxième voie : remplir le PDF officiel du modèle 100 et le transmettre signé via la démarche MyGuichet dédiée. Troisième voie, toujours valable : l'envoi papier au bureau d'imposition compétent, dont l'adresse figure sur votre bulletin ou sur le site de l'ACD.
Quel que soit le canal, conservez vos justificatifs : l'ACD peut les réclamer pendant cinq ans dans le cadre du contrôle a posteriori des dossiers transmis par l'assistant.
Frontaliers et non-résidents : les règles spécifiques
Pour les quelque 230 000 frontaliers, la mécanique déclarative luxembourgeoise comporte des paramètres supplémentaires.
Un non-résident doit déposer un modèle 100 dans des cas proches de ceux des résidents : revenus luxembourgeois supérieurs à 100 000 €, cumul de plusieurs fiches de retenue au-delà de 36 000 € (classes 1 et 2) ou 30 000 € (classe 1a), revenus indigènes non soumis à retenue — un bien locatif au Luxembourg par exemple. Cas particulier : le non-résident dont les revenus luxembourgeois se limitent à des tantièmes doit déclarer dès que leur montant brut dépasse 100 000 € par an — en dessous, la retenue de 20 % peut rester libératoire.
Le levier le plus important reste l'assimilation fiscale au résident (article 157ter LIR) : elle permet au frontalier dont l'essentiel des revenus du ménage est imposable au Luxembourg d'accéder à la classe 2, au splitting et à l'ensemble des déductions — à condition de déposer une déclaration. Les conditions (90 % des revenus, seuil de 13 000 €, critère belge de 50 %) et les pièges du calcul sont détaillés dans notre guide complet de la fiscalité des frontaliers.
Reste la question du coût d'un accompagnement : pour une déclaration de salarié ou de frontalier sans complexité particulière, les cabinets facturent généralement quelques centaines d'euros — souvent moins que l'impôt récupéré dès la première déclaration optimisée. Pour les situations mixtes (revenus locatifs dans deux pays, stock-options, année d'arrivée ou de départ), le recours à une fiduciaire familière des conventions fiscales évite les erreurs coûteuses des deux côtés de la frontière. L'annuaire ilicompta permet de filtrer les 555 cabinets OEC par spécialité fiscale et par langue.